Alimentation durable

Dans le cadre du projet de loi Alimentation, j’ai travaillé avec de nombreuses associations et des députés de la Commission des Affaires économiques et de la Commission du Développement durable pour que la restauration collective joue un rôle de levier en faveur de l’alimentation durable, et notamment du rééquilibrage entre protéines végétales et protéines animales.
POUR LES FRANÇAIS DE L’ÉTRANGER, JE M’APPRÊTAIS EGALEMENT À DÉPOSER UN AMENDEMENT POUR TRADUIRE L’ENGAGEMENT PRÉSIDENTIEL DU 50% BIO/LOCAL DE L’APPROVISIONNEMENT DES CANTINES SCOLAIRES DANS LES ETABLISSEMENTS FRANÇAIS À L’ÉTRANGER.
J’étais également vice-présidente du groupe d’études sur la condition animale.

 

Suite à une explosion de la consommation de viande au siècle dernier (passant en France de 40kg par habitant par an en 1900 à 86kg aujourd’hui), les protéines animales représentent désormais 61% de nos apports en protéine. La restauration collective est particulièrement concernée par la surconsommation de protéines animales (les grammages recommandés par le Groupement d’Etude des Marchés de Restauration Collective et de Nutrition (GEM-RCN) et imposés au secteur de la restauration collective par l’arrêté du 30 septembre 2011 équivalent à 200% des apports nutritionnels recommandés par l’ANSES). Or, l’enquête de Terra Nova sur la question ainsi que de nombreux travaux du CIWF et Greenpeace ont montré que cette importante consommation de viande se situe à la croisée de multiples enjeux  : environnementaux, de santé publique, de justice sociale, de tissu économique durable et de bien-être animal.

Des enjeux de tissu économique durable 

le modèle économique actuel a paupérisé des éleveurs qui souffrent de coûts élevés de production sans que cela soit reflété dans les prix de vente. La restauration collective pourrait donc, par l’augmentation de la qualité des produits animaux fournis, jouer un rôle de soutien à la transition de la filière vers un modèle plus durable et viable économiquement.

Des enjeux environnementaux 

  • en France, l’élevage est responsable de 9% des émissions nationales de gaz à effet de serre (GES), en raison de la production d’engrais azotés, d’azotes dans les déjections animales, du méthane produit par  la digestion des ruminants…
  • les engrais azotés utilisés pour la production de végétaux destinée à l’alimentation animale polluent les nappes phréatiques et les rivières
  • l’élevage intensif nécessite une forte consommation d’eau (15 415 litres d’eau pour un 1 kg de bœuf, contre 1600 litres pour 1 kg de pain)
  • les émissions d’ammoniac, dont 64% proviennent des activités d’élevage à l’échelle mondiale, génèrent des pluies acides qui contribuent à la pollution des eaux superficielles
  • l’élevage intensif contribue à la déforestation importée, à laquelle le Plan Climat prévoit de mettre fin  : en Amazonie et dans le Cerrado brésilien des millions d’hectares sont rasés pour y installer des élevages bovins ou pour y établir des monocultures de soja destiné à l’alimentation du bétail.

Des enjeux de santé publique 

  • l’élevage industriel s’accompagne d’une grande consommation d’antibiotiques, et, partant, du développement de l’antibiorésistance
  • la promiscuité et l’uniformisation génétique augmentent les risques de pandémies et de zoonoses (infections transmissibles des animaux vertébrés vers les humains et vice-versa)
  • plusieurs études épidémiologiques ont souligné le rapport entre la surconsommation de viande (principalement charcuterie et produits transformés) et des risques de cancer, diabète, maladies cardio-vasculaires et obésité, ce qui a amené le Haut conseil de la santé publique, dans son avis sur la révision des repères alimentaires pour les adultes du futur PNNS 2017-2021, à proposer une limite maximale d’apport dans chaque catégorie de viande plus faible que les recommandations actuelles

Des enjeux éducatifs 

dans le cas spécifique de la restauration scolaire, la prise en compte du bien-être animal et des impacts environnementaux de notre alimentation participe de l’éducation au respect dû au monde vivant.

Des enjeux de justice sociale

à l’échelle nationale

  • alors que la consommation de viande diminue dans les classes favorisées, dans les classes populaires, la consommation de viande reste valorisée ce qui amène les foyers à se tourner vers de la viande de moins bonne qualité en raison de l’augmentation récente des prix. Une baisse de la quantité et une augmentation de la qualité de la viande dans la restauration collective contribueraient à diminuer l’inégalité d’accès à une alimentation saine
  •     accès à la cantine du plus grand nombre, notamment des enfants des familles défavorisées qui fréquenteraient davantage les cantines scolaires si des alternatives végétariennes y étaient proposées, comme l’indique le Conseil national d’évaluation du système scolaire. Là encore, il s’agit de rendre accessible au plus grand nombre d’enfants une alimentation saine, qui, en plus de diminuer les risques de santé mentionnés plus haut, contribue à la réussite scolaire

à l’échelle mondiale

l’élevage mobilise, pour la production fourragère, un tiers des terres cultivables mondiales. Afin de s’assurer, dans un contexte de tension alimentaire, que l’ensemble de la population mondiale ait accès des protéines, il importe d’en rééquilibrer la part de protéines animales et de protéines végétales

 

Des enjeux de bien-être animal 

  •   les études éthologiques démontrent le caractère sensible des animaux, ce qui implique de notre part l’obligation éthique de se soucier de leur bien-être. Cette évolution du rapport aux animaux dans l’ensemble de la société transparaît dans l’Eurobaromètre 2016 sur les « Attitudes des Européens à l’égard du bien-être animal », où 94 % des citoyens européens se sont prononcés en faveur de la protection du bien-être des animaux d’élevage.
  •   d’autres pays européens, dont le Portugal qui a récemment adopté une loi rendant obligatoire des options végétariennes dans la restauration collective publique, ont montré la voie sur ce sujet, et il est important que la France prenne place aux côtés des pays leaders sur cet enjeu.
  •   avec une diminution de l’alimentation carnée, il deviendrait envisageable d’avoir recours à l’élevage extensif, où les animaux sont élevés en plein air, ce qui correspond davantage à leurs besoins.